Consultation médicale ORL pour surdité de transmission avec équipement audiométrique professionnel
Publié le 11 avril 2024

Face à une surdité de transmission, la chirurgie n’est pas une option de dernier recours mais la stratégie première de restauration mécanique de l’audition.

  • L’appareil auditif compense une perte par amplification, tandis que la chirurgie vise à corriger la cause physique du blocage sonore.
  • Le choix dépend d’un rationnel opératoire précis : l’état du tympan, la mobilité des osselets et la nature de la pathologie (otospongiose, cholestéatome).

Recommandation : Évaluez avec un ORL spécialisé le bénéfice fonctionnel d’une intervention chirurgicale avant de considérer l’appareillage comme solution par défaut.

Lorsqu’un diagnostic de surdité de transmission est posé, le patient se trouve face à un arbitrage fondamental : corriger la mécanique défaillante par la chirurgie ou la contourner avec un appareil auditif. Le réflexe commun, souvent encouragé par un discours généraliste, est de considérer l’appareillage comme une solution simple et non-invasive. On évoque la correction auditive, l’amélioration du confort de vie, et la technologie avancée des prothèses modernes. Cette approche, bien que valable pour de nombreuses surdités de perception comme la presbyacousie, omet un principe chirurgical essentiel dans le cas d’une atteinte de transmission.

Le cœur du problème n’est pas une défaillance des capteurs (l’oreille interne), mais une avarie sur la chaîne de transmission du son (tympan, osselets). La question n’est donc pas seulement « comment mieux entendre ? », mais « peut-on réparer le système pour qu’il fonctionne à nouveau normalement ? ». C’est ici que l’angle d’analyse doit changer. Au lieu de penser en termes de compensation, il faut penser en termes de restauration mécanique. La chirurgie n’est plus une alternative « lourde », mais la solution logique à un problème physique identifiable.

Cet article propose un changement de perspective. En adoptant le point de vue d’un chirurgien ORL, nous n’allons pas lister des options, mais dérouler un rationnel opératoire. L’objectif est de vous fournir les clés pour comprendre pourquoi, dans des cas précis comme l’otospongiose ou la perforation tympanique, la chirurgie est souvent la stratégie à privilégier pour un bénéfice fonctionnel durable, bien au-delà de ce que l’amplification seule peut offrir. Nous analyserons les pathologies, les techniques et les critères de décision qui guident le choix thérapeutique en France.

Cet article vous guidera à travers les différentes pathologies de la surdité de transmission et les critères de décision entre intervention et appareillage. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer entre les cas de figure les plus courants.

Blocage de l’étrier : pourquoi cette maladie touche-t-elle davantage les femmes jeunes ?

L’otospongiose, ou otosclérose, est une pathologie osseuse de l’oreille moyenne qui se caractérise par un blocage progressif de l’étrier, le plus petit os du corps humain. Ce blocage empêche la transmission correcte des vibrations sonores vers l’oreille interne, provoquant une surdité de transmission typique. Cette affection présente une prédominance féminine nette, avec, selon les données épidémiologiques françaises, environ 2 femmes atteintes pour 1 homme. Cette particularité s’explique principalement par un facteur hormonal.

Les fluctuations hormonales importantes, notamment lors de la puberté, et surtout de la grossesse, sont des facteurs déclenchants ou aggravants bien identifiés. Comme le souligne l’équipe d’audioprothésistes de VivaSon, « la grossesse chez une femme atteinte d’otospongiose peut aggraver brutalement l’évolution de la maladie ». C’est pourquoi le diagnostic est souvent posé chez des femmes jeunes, entre 20 et 40 ans, qui constatent une baisse d’audition après un accouchement. Face à ce diagnostic, l’arbitrage entre chirurgie (stapédectomie ou stapédotomie) et appareillage devient central. La chirurgie vise à remplacer l’étrier bloqué par une micro-prothèse, offrant une restauration mécanique et un retour à une audition naturelle dans plus de 90% des cas bien sélectionnés. L’appareil, lui, ne fait qu’amplifier le son pour forcer le passage à travers le blocage.

D’un point de vue stratégique et financier à long terme, la chirurgie est souvent plus avantageuse. L’appareillage nécessite des renouvellements tous les 4 à 6 ans, avec des coûts cumulés importants. L’analyse comparative suivante illustre cet écart sur 20 ans dans le contexte du système de santé français.

Comparaison financière Chirurgie vs Appareillage sur 20 ans en France
Critère Chirurgie stapédienne (une fois) Appareillage haut de gamme (20 ans)
Coût initial Variable selon secteur 1 ou 2 5 000 à 9 000€ (première paire)
Prise en charge Sécurité Sociale 80% du tarif conventionnel 60% de la base de remboursement
Dépassements d’honoraires (secteur 2) Non remboursés par la Sécu Non applicables
Renouvellements nécessaires Rare (sauf complications) Tous les 4-6 ans (4 à 5 paires)
Reste à charge typique 20% + dépassements éventuels Variable selon mutuelle
Coût cumulé estimé sur 20 ans 2 000 à 5 000€ (selon secteur) 20 000 à 40 000€

Le rationnel opératoire est donc clair : pour une patiente jeune avec une espérance de vie longue, investir dans une solution durable qui restaure la fonction est souvent la meilleure stratégie à long terme.

Comment une otite mal soignée dans l’enfance peut ruiner vos tympans à 40 ans ?

Les otites séro-muqueuses à répétition durant l’enfance sont une cause fréquente de fragilisation du tympan. Si ces épisodes ne sont pas correctement pris en charge, ils peuvent entraîner une rétraction du tympan, une perte d’élasticité, voire une perforation qui ne se referme pas spontanément. À l’âge adulte, cette séquelle se manifeste par une surdité de transmission et une vulnérabilité accrue aux infections à chaque baignade ou rhume. Le tympan n’assure plus son rôle de barrière protectrice ni de transmetteur efficace des ondes sonores. La prévention et le suivi ORL pédiatrique sont donc cruciaux pour préserver le capital auditif futur.

À 40 ans, face à une perforation tympanique chronique, la question de la chirurgie réparatrice, ou tympanoplastie, se pose. L’intervention consiste à greffer une membrane (souvent prélevée sur l’aponévrose du muscle temporal du patient) pour refermer le tympan. Le bénéfice est double : restaurer une partie de l’audition perdue et, surtout, protéger l’oreille moyenne des agressions extérieures, permettant de retrouver une vie normale (baignade, douche sans précaution). L’alternative, l’appareillage, peut compenser la perte auditive mais ne résout en rien le problème de vulnérabilité aux infections. La décision de pratiquer une tympanoplastie en France suit un arbre décisionnel précis.

Votre plan de décision pour la tympanoplastie en France

  1. Étape 1 : Consultation chez votre médecin traitant qui vous oriente vers un ORL spécialisé pour un bilan.
  2. Étape 2 : Bilan ORL complet (otoscopie, audiogramme, tympanométrie) pour évaluer l’étendue et l’impact de la perforation.
  3. Étape 3 : Évaluation du mode de vie : la fréquence des baignades, la pratique de sports nautiques ou les voyages en avion fréquents sont des arguments forts pour la chirurgie.
  4. Étape 4 : Vérification des conditions de prise en charge par l’Assurance Maladie, qui dépendent de l’impact fonctionnel de la perforation.
  5. Étape 5 : Décision partagée médecin-patient : la chirurgie est indiquée si la perforation est significative et la gêne quotidienne importante ; une simple surveillance peut être proposée si la perforation est minime et le mode de vie compatible.

Le rationnel opératoire est ici de privilégier la chirurgie non seulement pour le gain auditif, mais surtout pour la qualité de vie et la prévention des complications infectieuses à long terme.

Baha ou lunettes auditives : quelle solution quand le conduit auditif est inexploitable ?

Certaines pathologies, comme une aplasie (absence de conduit auditif externe), une sténose (rétrécissement), ou des infections chroniques récidivantes, rendent le port d’un appareil auditif conventionnel impossible ou dangereux. Dans ces cas de surdité de transmission où la voie aérienne est impraticable, il faut contourner l’obstacle. La solution repose sur la conduction osseuse : transmettre le son directement à l’oreille interne via les os du crâne. Deux grandes familles de solutions existent : les dispositifs externes et les implants.

Les lunettes auditives et les serre-têtes à conduction osseuse sont des solutions externes, non-invasives. Le vibrateur est appliqué contre la mastoïde (l’os derrière l’oreille) et maintenu par la monture des lunettes ou le serre-tête. C’est une option simple, mais souvent jugée inconfortable et peu esthétique. La solution de référence, plus performante et discrète, est l’implant à ancrage osseux, de type BAHA (Bone Anchored Hearing Aid). Un petit pilier en titane est fixé chirurgicalement dans l’os de la mastoïde, sur lequel vient se clipper un processeur externe. Ce dernier capte les sons et les transmet en vibrations directement à l’os, offrant une qualité sonore très supérieure.

Étude de cas : La renaissance auditive de Serge avec un implant d’oreille moyenne

Serge, 51 ans, lamaneur au port de Marseille, avait perdu l’audition suite à des complications (kyste, mycose) rendant le port d’un appareil classique impossible. Il a bénéficié à l’Hôpital Nord de l’AP-HM d’un implant d’oreille moyenne Carina, une technologie de pointe totalement invisible. Cet implant, destiné aux surdités de transmission et mixtes, a permis une récupération auditive spectaculaire. Sa femme, Sylvie, témoigne du changement radical : « On a repris les longues balades à deux à moto, on peut se parler avec un système installé dans le casque. Ça change la vie !« . Ce cas illustre le bénéfice fonctionnel majeur d’une solution implantable adaptée.

Le financement de ces dispositifs en France est un parcours balisé qui implique l’Assurance Maladie, la mutuelle et souvent la MDPH. Pour un implant BAHA, le processus est le suivant :

  • Prescription : Un ORL spécialisé doit justifier l’indication de l’implant.
  • Entente préalable : Un dossier médical complet est soumis à la CPAM pour validation.
  • Financements complémentaires : Un dossier à la MDPH peut être monté pour obtenir la Prestation de Compensation du Handicap (PCH). Pour les travailleurs, l’Agefiph peut également co-financer l’équipement.

Ici, le choix n’est plus entre chirurgie et appareil, mais entre différentes technologies de conduction osseuse. L’implant représente un investissement chirurgical pour un confort et une performance accrus.

Pourquoi un appareil pour surdité de transmission ne se règle pas comme pour une presbyacousie ?

La confusion entre les types de surdité est une erreur fréquente qui peut mener à une insatisfaction majeure du patient appareillé. Régler une prothèse auditive n’est pas un simple ajustement de volume ; c’est une compensation fréquentielle fine, adaptée à la nature de la perte. La différence fondamentale entre une surdité de transmission et une surdité de perception (comme la presbyacousie, liée à l’âge) réside dans les fréquences touchées. C’est ce qui impose un rationnel de réglage totalement différent.

Dans la presbyacousie, la dégradation concerne les cellules ciliées de l’oreille interne, responsables de la perception des sons aigus. La perte auditive commence sur les hautes fréquences (sons « s », « f », « ch »), rendant la parole indistincte, surtout dans le bruit. Le réglage de l’appareil consiste donc principalement à amplifier les aigus pour restaurer l’intelligibilité. À l’inverse, dans une surdité de transmission, le problème est mécanique : le son a du mal à atteindre l’oreille interne. Ce blocage affecte de manière plus ou moins homogène toutes les fréquences, mais il est souvent plus marqué sur les graves et les médiums.

Dans le cas d’une surdité de transmission, les fréquences basses ou graves sont atteintes. À l’inverse, dans le cas d’une surdité de perception, les fréquences aiguës sont atteintes en premier.

– Mon Centre Auditif, Les trois types de surdités

Appliquer un réglage de presbyacousie (boost des aigus) à un patient avec otospongiose serait donc une erreur. Il entendrait les sons de manière agressive, métallique et peu naturelle, sans pour autant corriger le déficit sur les graves. Le réglage pour une surdité de transmission nécessite une amplification plus linéaire, ou un gain spécifique sur les basses et moyennes fréquences, pour compenser la perte mécanique de manière homogène. En France, la loi protège le patient en cas d’adaptation difficile. Le droit à une période d’essai obligatoire de 30 jours minimum permet de valider en conditions réelles l’efficacité des réglages et de les ajuster avec l’audioprothésiste, dont la prestation de suivi est incluse pendant toute la vie de l’appareil.

Le choix de l’appareil et surtout la compétence de l’audioprothésiste pour réaliser un réglage sur mesure sont donc aussi cruciaux que le choix de la technologie elle-même, surtout si la chirurgie n’est pas une option.

Pourquoi cette « tumeur bénigne » de l’oreille moyenne est-elle une urgence chirurgicale ?

Le cholestéatome est souvent qualifié de « tumeur bénigne », un terme trompeur qui minimise son potentiel destructeur. Il ne s’agit pas d’une tumeur au sens cancéreux, mais d’une croissance anormale de peau (épithélium) dans l’oreille moyenne, là où il ne devrait pas y en avoir. Ce sac de peau se remplit de squames, s’infecte et, surtout, se comporte comme un rongeur : il érode et détruit progressivement tout ce qu’il touche. Son caractère « bénin » signifie simplement qu’il ne produit pas de métastases. Cependant, localement, son agressivité est maximale et impose une intervention chirurgicale comme une urgence différée.

L’abstention thérapeutique n’est jamais une option. Laisser un cholestéatome évoluer conduit inévitablement à des complications graves. L’érosion des osselets entraîne une surdité de transmission majeure et irréversible. L’extension vers l’oreille interne peut causer des vertiges invalidants, des acouphènes et une surdité totale. Le risque le plus redouté est l’érosion de la paroi osseuse protégeant le cerveau ou le nerf facial.

En cas d’abstention thérapeutique, elle finit par endommager l’oreille moyenne, et entraîne des complications dramatiques de l’oreille interne, du nerf facial et au niveau neuro méningé.

– Service ORL – Deuxième Avis, Cholestéatome : définition, symptômes et avis de spécialistes

Le calendrier de destruction est implacable : en quelques années, la perte auditive s’aggrave, le nerf facial peut être atteint (paralysie faciale), et des complications mortelles comme une méningite ou un abcès du cerveau peuvent survenir. La chirurgie est donc le seul traitement. Elle vise à enlever la totalité de la « poche » de peau. C’est une intervention délicate, car le cholestéatome s’infiltre partout. Le risque de récidive n’est pas négligeable et justifie le recours à un chirurgien expert. Une étude du CHU de Besançon sur le cholestéatome note un taux de récidive moyen de 25%, pouvant varier de 10% à 50% selon l’expérience du chirurgien et la technique utilisée (technique ouverte ou fermée).

Face à ce diagnostic, l’appareillage est hors de question. Le seul et unique rationnel opératoire est l’exérèse complète et rapide pour prévenir la destruction et sauver les fonctions de l’oreille.

Otite ou lésion interne : comment localiser l’origine de votre douleur ou surdité ?

Face à une douleur d’oreille (otalgie) ou une baisse d’audition, le premier réflexe est de penser à une simple otite. Si c’est souvent le cas, ces symptômes peuvent aussi être le signe d’une pathologie plus complexe de l’oreille moyenne ou interne. Le rôle du diagnostic ORL est de localiser précisément l’origine du problème pour orienter le traitement. Une douleur aiguë avec fièvre évoque une otite moyenne aiguë infectieuse. Une sensation d’oreille bouchée avec une baisse auditive après un rhume peut signaler une otite séro-muqueuse. Mais une baisse auditive progressive sans douleur doit faire suspecter une otospongiose, et un écoulement malodorant persistant un cholestéatome. Le diagnostic différentiel est la première étape de tout rationnel thérapeutique.

Le bilan commence par un examen clinique (otoscopie) pour visualiser le tympan. Il est complété par des examens fonctionnels, au premier rang desquels l’audiogramme tonal et vocal. Cet examen, réalisé en cabine insonorisée, permet de quantifier la perte auditive et, surtout, de déterminer sa nature : transmission, perception ou mixte. C’est l’étape clé qui permettra de distinguer une simple inflammation d’une lésion interne nécessitant une exploration plus poussée (scanner, IRM). En France, le parcours de soin est structuré pour ne pas laisser un symptôme alarmant sans réponse. Savoir quand et qui consulter est primordial.

Voici un guide de tri pour s’orienter dans le système de santé français face à un symptôme auditif :

  • Appeler le 15 (SAMU) : Surdité brutale totale, vertiges violents avec vomissements, paralysie faciale, forte fièvre avec douleur intense. Ce sont des urgences absolues.
  • Consulter le médecin traitant (sous 24-48h) : Douleur modérée, baisse auditive progressive, écoulement sans fièvre. Il est le premier maillon et orientera si besoin.
  • Prendre RDV ORL en urgence (via plateformes en ligne ou secrétariat) : Baisse auditive unilatérale rapide, acouphènes soudains, sensation d’oreille bouchée qui ne passe pas.
  • Consultation ORL programmée : Baisse auditive lente et bilatérale, gêne dans le bruit, suspicion liée à des antécédents familiaux.

Ne jamais sous-estimer une baisse d’audition ou une douleur. Un diagnostic précoce est la garantie d’un traitement adapté, qu’il s’agisse de simples gouttes ou d’une indication chirurgicale.

Le « Rinne » audiométrique : comment l’écart entre deux courbes révèle une otospongiose ?

L’audiogramme est l’examen fondamental pour caractériser une surdité. Il ne se contente pas de mesurer « à quel point on entend mal », il identifie surtout « pourquoi on entend mal ». Pour ce faire, il mesure l’audition de deux manières : la conduction aérienne (le son passe par le conduit auditif et le tympan, testée avec un casque) et la conduction osseuse (le son est transmis directement à l’oreille interne via un vibrateur sur l’os, court-circuitant l’oreille externe et moyenne). La comparaison de ces deux mesures, matérialisée par deux courbes sur un graphique, est ce que l’on appelle le « Rinne audiométrique ». C’est l’écart entre ces deux courbes qui signe une surdité de transmission.

Dans une oreille saine, les deux courbes sont superposées en haut du graphique. Dans une surdité de perception (presbyacousie), les deux courbes chutent ensemble, car le problème se situe au niveau du capteur (l’oreille interne). Mais dans une surdité de transmission pure, comme l’otospongiose, la conduction osseuse est normale (l’oreille interne fonctionne parfaitement) tandis que la conduction aérienne est abaissée (le son est bloqué avant d’arriver au capteur). Cet écart, ou « gap », entre la courbe osseuse et la courbe aérienne est le signe pathognomonique. Comme le résume Marcel Ben Soussan de VivaSon, le diagnostic est posé face à un « audiogramme indiquant une surdité de transmission avec une courbe de conduction aérienne plus basse que la courbe de conduction osseuse. »

L’audiogramme, pièce maîtresse pour la prise en charge par la CPAM

L’utilité de l’audiogramme dépasse le simple diagnostic. Dans le cadre d’une otospongiose, il devient un document administratif crucial. L’audiogramme, montrant l’écart caractéristique entre conduction aérienne et osseuse, est la pièce justificative essentielle pour la demande d’entente préalable auprès du médecin-conseil de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) en vue d’une chirurgie. Plus intéressant encore, la courbe de conduction osseuse représente le bénéfice fonctionnel maximal espéré après l’opération. Comme l’explique l’Hôpital Fondation Rothschild, cela permet au patient de visualiser concrètement le gain auditif potentiel, transformant un graphique technique en une promesse tangible de restauration auditive.

Parfois, dans le cas de l’otospongiose, on observe une petite encoche sur la courbe de conduction osseuse à 2000 Hz, appelée encoche de Carhart. C’est un signe diagnostique supplémentaire qui renforce l’indication chirurgicale. L’audiogramme est donc bien plus qu’un test : c’est l’outil qui objective le problème mécanique et prédit le succès de sa réparation.

Le rationnel opératoire découle directement de cette lecture : si la conduction osseuse est bonne, cela signifie que l’oreille interne a le potentiel de bien entendre. Il suffit de « réparer la tuyauterie » pour y amener le son.

À retenir

  • La surdité de transmission est un problème mécanique (blocage) et non sensoriel (usure), ce qui place la chirurgie réparatrice comme une option logique et primaire.
  • Le choix entre chirurgie et appareil dépend d’un rationnel opératoire précis lié à la pathologie : otospongiose, perforation tympanique, cholestéatome.
  • Le diagnostic différentiel par un ORL (otoscopie, audiogramme) est crucial pour ne pas traiter une surdité de transmission avec les protocoles d’une surdité de perception.

Tympan perforé : peut-on se baigner, prendre l’avion ou se moucher sans risque ?

Vivre avec un tympan perforé impose une série de précautions pour éviter les infections de l’oreille moyenne et l’aggravation de la surdité. Le tympan n’étant plus une barrière étanche, chaque situation impliquant de l’eau ou des variations de pression devient une source de risque potentiel. La gestion de ces risques est essentielle, que l’on soit en attente d’une chirurgie (tympanoplastie) ou qu’une surveillance ait été décidée.

La baignade est le risque le plus évident. L’entrée d’eau, même propre, dans l’oreille moyenne peut déclencher une otite moyenne aiguë. La protection est donc obligatoire, via des bouchons d’oreille sur-mesure en silicone ou des bandeaux de protection en néoprène. Se moucher est un geste anodin mais potentiellement dangereux. Un mouchage trop énergique peut propulser des germes du nez vers l’oreille moyenne via la trompe d’Eustache, provoquant une infection. La technique correcte consiste à se moucher une narine à la fois, sans forcer. Enfin, les voyages en avion sont une source d’inquiétude majeure en raison des variations de pression rapides lors du décollage et de l’atterrissage. Paradoxalement, un tympan perforé peut « faciliter » l’équilibrage de la pression, mais le risque infectieux demeure si l’air de la cabine, non stérile, pénètre dans l’oreille moyenne. Une consultation ORL avant le vol est donc recommandée.

Pour voyager en avion en toute sérénité, une checklist de précautions s’impose :

  1. Avant le vol : Consulter son ORL 1 à 2 semaines avant pour obtenir un feu vert médical.
  2. 24h avant : Utiliser des sprays décongestionnants nasaux pour bien dégager les trompes d’Eustache.
  3. Pendant l’embarquement : Avoir à portée de main des bouchons d’oreille spéciaux pour avion, qui régulent les changements de pression.
  4. Au décollage et à l’atterrissage : Mâcher du chewing-gum, bâiller ou déglutir fréquemment. Éviter de dormir durant ces phases critiques.
  5. Après le vol : Surveiller l’apparition de toute douleur ou écoulement et consulter si nécessaire.

La maîtrise de ces gestes du quotidien est fondamentale. Pour une gestion optimale, il est conseillé de bien connaître les précautions à prendre avec un tympan perforé.

Ces contraintes quotidiennes constituent un argument de poids dans l’arbitrage bénéfice/risque en faveur de la chirurgie réparatrice. Le bénéfice fonctionnel d’une tympanoplastie n’est pas seulement auditif, il est aussi et surtout une reconquête de la liberté et de la qualité de vie.

Questions fréquentes sur la surdité de transmission et ses traitements

Peut-on se baigner en mer avec un tympan perforé, Atlantique ou Méditerranée ?

Le sel marin n’aggrave pas directement la perforation, mais toute entrée d’eau dans l’oreille moyenne présente un risque d’infection. Une protection est donc obligatoire : des bouchons sur mesure en silicone (disponibles chez un audioprothésiste) ou des bandeaux en néoprène sont indispensables. L’océan Atlantique, souvent plus froid et agité, peut présenter un risque légèrement supérieur à celui de la mer Méditerranée, généralement plus calme.

Comment se moucher correctement pour ne pas aggraver une perforation tympanique ?

La technique « à la française » est recommandée : il faut se moucher une narine après l’autre, en pinçant celle qui n’est pas mouchée, et surtout sans jamais forcer. En cas de forte congestion (gros rhume, sinusite), il est préférable d’éviter le mouchage violent pour ne pas envoyer de germes sous pression dans l’oreille moyenne. L’usage de sprays de lavage nasal doux est une meilleure alternative.

Peut-on porter des écouteurs ou un casque audio avec un tympan perforé ?

Les écouteurs de type intra-auriculaire sont fortement déconseillés, car ils peuvent créer une surpression et potentiellement pousser des débris vers l’oreille moyenne. Les casques audio circum-auriculaires, qui entourent l’oreille sans y entrer, sont une bien meilleure option. Il est dans tous les cas crucial de limiter le volume sonore, car le tympan perforé n’assure plus son rôle de protection naturelle de l’oreille interne contre les sons trop forts.

Rédigé par Karim Belkacem, Psychologue clinicien et sophrologue, spécialiste de la prise en charge des acouphènes chroniques et de l'impact psychologique de la surdité. Il propose des thérapies cognitives et comportementales (TCC) pour mieux vivre avec les troubles auditifs.